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Littérature, mémoire et Renaissance Africaine

Mesdames, Messieurs,

La réflexion que je veux partager avec vous porte sur le sujet Littérature, Mémoire et Renaissance Africaine qui s’inscrit dans la thématique de la préservation, promotion du patrimoine culturel et mémoire. En effet, l’appropriation réelle de notre patrimoine historique est un élément fondateur de notre identité. C’est dans cette perspective que je propose d’aborder la problématique du lien qui existe entre la littérature, la mémoire et la Renaissance Africaine. Autrement dit, comment la littérature peut jouer un rôle afin de mettre en lumière le patrimoine historique et culturel et œuvrer ainsi pour la Renaissance Africaine.

Sur le socle fondateur des civilisations, la littérature tient une place prépondérante. C’est le médium qui met en exergue l’héritage culturel, historique et social. Elle est un des symboles de la mémoire collective, elle est une inscription conjuguée à tous les temps. Par sa nature intemporelle, la littérature représente un espace d’expression singulier tourné vers la liberté, la créativité tout en étant le reflet de l’humanité. La littérature est un art majeur, créée par les hommes pour raconter, témoigner et constituer ainsi le tissu mémoriel de plusieurs générations. Elle contribue à l’enrichissement de la pensée et à éclairer les patrimoines historiques et culturels, elle en est le témoin puissant.

Quand on questionne littérature, mémoire et Renaissance Africaine, il convient de rappeler un paradigme fondamental qui consiste pour le peuple africain à recouvrer la connaissance de soi, la confiance en soi et l’estime de soi. La renaissance africaine est une démarche qui propose un ensemble de valeurs en rupture avec les représentations afro-pessimistes. Cette démarche de rupture doit s’accompagner d’une unité africaine avec pour levier plusieurs articulations qui permettent d’œuvrer pour la renaissance : une unité culturelle avec la réappropriation du patrimoine historique ainsi que l’exercice des langues nationales ; mais aussi une unité économique et monétaire avec une réelle exploitation des richesses naturelles du continent et enfin une unité politique d’où doit émerger une véritable démocratie, la défense des droits humains fondamentaux et la lutte contre les corruptions. Mais ce projet panafricain ne pourra s’accomplir sans l’idée forte selon laquelle chaque africain doit recouvrer une image juste de soi avec l’estime et la confiance nécessaires à la réhabilitation de ses valeurs humaines, sociales, culturelles et artistiques. Cette prise de conscience est un élément fondamental afin de comprendre la nature plurielle des enjeux majeurs du 21ème siècle du continent africain.

C’est ainsi que la littérature africaine doit être au service de la réhabilitation historique pour que chacun puisse se réapproprier, de manière durable, son patrimoine culturel qui permet la connaissance de soi, la reconstruction de soi et la perception profonde de la mémoire. La littérature a un rôle fondamental à mener pour contribuer à la restauration de la vérité historique panafricaine, afin de bâtir et de promouvoir un espace unitaire créatif dense qui s’écrit au singulier et au pluriel. La littérature doit œuvrer pour la Renaissance Africaine en questionnant, jusque dans les détails, l’héritage historique du continent, les croyances cosmogoniques, leurs significations et leurs origines. Dans cette conception, il est certain que la réussite de la littérature africaine dépend de sa capacité à cerner et à interpréter les finesses et les subtilités des systèmes de pensées africaines. Elle doit s’approprier les traditions profondes et riches des formes africaines du récit. C’est en elles qu’elle va puiser la vision épique nécessaire à la création de chef-d’œuvres. C’est pourquoi l’appropriation de l’héritage historique est un des piliers fondateurs de la renaissance. Par conséquent, la littérature africaine doit s’inscrire non seulement dans une réalité matérielle, dans sa perspective historique, mais doit aussi engager des réflexions sur les projets cosmiques et sur le rôle de l’humanité. En ce sens, elle doit briser les murs entre le passé, le présent et le futur.

Quand il s’agit de dire comment la littérature peut porter la mémoire africaine, il est également important de rappeler la pertinence de l’utilisation des langues nationales. L’héritage historique, culturel et artistique est au cœur de la démarche de la Renaissance Africaine, c’est avec cette vision que la littérature peut recréer le lien entre mémoire et renaissance. L’histoire de l’Afrique est présente partout dans le monde, à travers ses diasporas et sa perpétuelle créativité dans les arts majeurs de l’époque contemporaine. L’inventivité africaine est un flamboyant fleuri, un baobab enraciné dans l’héritage historique, un palmier moderne dressé vers le ciel. L’Afrique possède toutes les ressources fécondes de sa renaissance.

C’est une littérature sûre d’elle, ancrée dans son patrimoine historique et culturel, attachée à ses richesses, défendant ses valeurs, utilisant ses potentiels, son intelligence, qui relèvera le défi de la Renaissance Africaine.

L’unité continentale d’un point de vue économique, politique est capitale mais c’est à travers la réappropriation du patrimoine culturel et des langues nationales que nous contribuerons au retour d’une conscience historique réelle en harmonie avec l’héritage culturel et une ambition sincère pour l’éducation. Ici et maintenant, il est important de redire combien la littérature doit être l’expression du patrimoine culturel et historique africain car elle est un enjeu indispensable au développement et constitue un des leviers de la Renaissance. C’est ainsi que l’on peut affirmer que le 21ème siècle est celui de la Renaissance Africaine.

Amadou Elimane Kane, Poète écrivain