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Oeuvres littéraires 2019

La tyrannie du développement ou la réalité sociale et culturelle de l’Afrique

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Voici un livre à mettre entre toutes les mains ! Pour sa rigueur d’abord, et ensuite pour la pluralité et la véracité de ses références, sources à partir desquelles l’auteur déroule son raisonnement. Les faits et uniquement les faits ! Tel un journaliste plaçant l’éthique au centre, déconstruisant l’instrumentalisation du discours orienté sur les perspectives africaines, Macky Idy Sall fait ici une brillante démonstration de ce que doit être aujourd’hui une critique objective du monde africain dans les perspectives d’un épanouissement réel. 

Tel un expert qui explicite, argumente, documents à l’appui, sans chercher à traduire une réflexion partisane ou à installer des clivages, Macky Idy Sall expose un propos riche et salvateur. Et il le fait avec une parole libérée de l’analyse occidentale. Un discours qui consiste toujours, hélas, à donner une image de l’Afrique, non seulement déplorable et erronée mais qui ne traduit pas, à dessein, les réalités sociales et culturelles du continent. C’est tout le propos de l’essai de Macky Idy Sall, qui nous invite à une réflexion absolument passionnante, argumentée et objectivée. 

Et c’est bien d’une rupture de discours, ou la déconstruction d’un mythe, dont le continent a besoin pour sortir de l’ornière du mensonge et de l’assistanat néo-colonial. Et Macky Idy Sall s’inscrit dans cette démarche qui consiste à mettre en lumière les réalités économiques et politiques de l’Afrique, et du Sénégal en particulier, à l’appui des réalités sociales et culturelles des populations. 

Journaliste et chercheur en communication sociale, en développement international, et travaillant sur l’impact des réseaux numériques, Macky Idy Sall fait œuvre de réflexion, à travers un ouvrage documenté et éclairant. 

L’Afrique, ou plutôt devrons-nous dire les responsables et les élites, continuent de courir après la locomotive anti-historique, recopiant un modèle occidental qui virevolte dans un espace virtuel mensonger et qui continue de tirer les ficelles financières de tout le continent, avec la complicité des Organisations Non Gouvernementales et les nouvelles industries numériques et écologiques.

Ainsi le commanditaire des aides au développement impose, de manière hégémonique, sa vision de la société et du monde, une vision relayée par des médias locaux impuissants, encore assujettis au grand capital financier ou aux partis politiques en place qui n’osent pas, ou qui ne veulent pas, obtenir durablement leur indépendance. 

Ainsi, il pointe plusieurs facteurs fondamentaux au changement de paradigme pour le développement en Afrique. La crise mondiale qui occupe les colonnes des médias internationaux, une crise liée au libéralisme ravageur qui a lui-même oublié les fondements de ses propres valeurs, a un effet extrêmement pervers pour les pays en voie de développement et particulièrement en Afrique où la mesure sociale et culturelle n’a pas encore été véritablement prise en compte. 

La vérité sociale et culturelle africaine s’en trouve ainsi tronquée, au désespoir des populations qui reculent socialement, au lieu de progresser et d’avancer dans le nouvel espace mondialisé. Si l’on mesure au Sénégal, par exemple, le taux de connexion à Internet, cela ne concerne qu’une minorité, plutôt urbaine et diplômée, mais que fait-on de l’absence criante d’établissements de santé et d’écoles pour une population qui n’arrive même pas à couvrir les frais de toutes les premières nécessités ? Il s’agit bien d’une reproduction médiatique et inique pour une problématique qui concerne en premier lieu les pays du Nord. En réalité, les véritables sujets des pays africains sont délibérément balayés par un discours préfabriqué en Occident et dont l’image est constamment véhiculée par les médias. 

Les États, la presse, les médias dans leur ensemble, les institutions sont donc gangrénés par une main encore puissante, celle de l’Occident. Et cette diversion idéologique a gagné tous les espaces médiatiques enrôlés, à leur insu, par la place du sensationnelle, la vitesse des informations et la prépondérance de l’opinion à l’ère du numérique 3.0. La critique, la distanciation, la mesure des faits, l’objectivité ne sont plus de mise. Et cela a un effet doublement pervers pour les pays africains qui prennent pour comptant un fonctionnement sociétal qui n’a malheureusement aucun lienavec les attentes culturelles et sociales des populations africaines qui sont prises dans un leurre annihilant.

Pour exemple, des informations de deux pays voisins sont délivrées par la loupe occidentale, comme le passage obligé d’un filtre, qui est tout simplement destructeur pour les consciences et la pensée africaine. 

Ainsi, à l’appui de ses recherches et de son travail de journaliste analyste, Macky Idy Sall fait une démonstration éloquente, non pas de l’échec annoncé des programmes de développement mais de la tromperie intrinsèque d’une fausse démocratie et d’une indépendance africaine encore loin d’être acquise. 

Et il place comme préalable au développement, et c’est un levier fondateur, la question culturelle et l’identité d’une civilisation qui doit précéder tout effort de progrès. La question de la culture historique est bien au centre du monde occidental qui s’est développé et a évincé les autres civilisations des découvertes majeures de l’histoire de l’Humanité. 

Dans ce contexte où les pays africains sont pieds et poings liés par ce nouvel impérialisme, la question du développement devient bien une tyrannie. C’est pourquoi l’ouvrage de Macky Idy Sall est un véritable manuel de décryptage de l’ère contemporaine africaine qui n’a pas cessé d’être alimentée par la vision occidentale, lui faisant ainsi perdre, de manière inquiétante, ses propres valeurs culturelles, sociales et identitaires. Les images d’information du continent africain, délivrées par la sphère mondiale numérisée, sont des copies fabriquées par des fossoyeurs de la pensée et du libre-arbitre. 

Alors que ces questions politico-financières continuent, à tort, d’occuper les esprits, Macky Idy Sall nous rappelle l’extraordinaire potentiel de notre capital historique, culturel, patrimonial, artisanal, artistique et linguistique. 

Autrement dit, ce que signifie Macky Idy Sall est qu’il faut réussir à réécrire notre récit africain, sans compromis, sans enfermement non plus, pour reconsidérer notre belle civilisation dans ses fondements historiques, culturels et sociaux, en nous appuyant sur nos réalités et nos valeurs, et en proposant une image africaine réhabilitée et culturellement forte. 

Cette prise de conscience est fondatrice de notre renaissance et du devenir africain. Pour ainsi dire, nous avons un besoin vital de décoloniser les esprits dans tous les recoins de notre créativité. Cela doit nous guider en permanence dans nos actes et dans la construction de notre histoire, pour retrouver l’assurance de notre culture et de nos valeurs profondément humaines qui caractérisent l’imaginaire africain. 

Amadou Elimane Kane, écrivain poète, enseignant et chercheur en résidence au sein de l’académie de Paris

La tyrannie du développement – Déconstruction d’un mythe..., Macky Idy Sall, essai, éditions L’Harmattan, Paris, 2014.